un peu plus près des étoiles, Pic du Midi de Bigorre au-dessus des nuages

Un vaisseau fend les airs, sorte d’Atlantide au dessus des nuages. Majestueux, grandiose, imposant. On pense au Château dans le ciel de Miyazaki. Lorsqu’on arrive au sommet, on sent toute l’ampleur du lieu, digne d’un décor de James Bond. Culminant à 2877 mètres, l’observatoire du Pic du Midi de Bigorre, labellisé depuis 2013 Première réserve internationale de ciel étoilé, offre un panorama unique sur 300 kilomètres de sommets pyrénéens. Bienvenue sur l’un des toits du monde pour embrasser l’immensité et vivre une nuit étoilée.

Le Pic se voit de loin, reconnaissable à sa grande antenne-émettrice de 104 m. Par sa position avancée, on a cru jusqu’à la fin du XVIIIe siècle que le Pic du Midi de Bigorre était le plus haut sommet des Pyrénées. Il est pourtant plus petit que l’Aneto (3404 m) ou le Vignemale (3298 m). « Le fait qu’il soit positionné en avant de la chaîne des Pyrénées, au dessus des basses couches de l’atmosphère rend la pureté de l’air du lieu exceptionnelle. Ce qui explique sa mission d’observation » souligne Jean Loirat, ingénieur et tout récent médiateur scientifique et culturel du site. Pour l’atteindre, on peut y venir à pied par le célèbre sentier des porteurs que l’on prend depuis la route du Tourmalet ou en prenant le téléphérique depuis la Mongie. Ce nouveau téléphérique et les travaux d’aménagement du site au sommet ont duré quatre ans de 1996 à 2000. Le premier téléphérique a été implanté en 1952 et servait à acheminer du matériel ainsi que le personnel qui travaillait au sommet, « parce qu’auparavant il fallait mériter son pic », précise Jean Loirat, « l’ascension était longue et pénible ». Fini les porteurs et les allersretours incessants des mulets l’été, les heures de marches incommensurables dans la neige, la solitude et l’isolement. Aujourd’hui on prend le téléphérique comme on prend le métro. Le trajet se fait en deux temps et dure 15 minutes. De la Mongie, on monte à la gare intermédiaire du Taoulet (à 2341 m) pour changer de cabine.Dans la cabine, en montant, on aperçoit le col du Tourmalet sur la gauche puis le Cirque de Gavarnie et sa célèbre « Brèche de Roland », le lac d’Oncet. Et on s’imagine déjà qu’une fois arrivés là-haut, le spectacle sera encore plus beau.

Un débarquement au sommet grandiose

Au bout d’une galerie vitrée, les Pyrénées surgissent soudain en vue panoramique. On a le sentiment de planer au dessus de la chaîne. On comprend alors pourquoi astronomes amateurs et scientifiques y observent le soleil et la galaxie. « C’est un formidable vaisseau », lance Daniel Soucaze des Soucaze, Directeur Général du Pic du Midi. Ce recruteur d’équipes, superviseur et gestionnaire suit les traces de celui qui a tout fait pour sauver le Pic, François Fortassin, sénateur des Hautes-Pyrénées et ancien président du Conseil général, décédé en mai dernier. « C’était un humaniste, un sacré bonhomme. Il était visionnaire. Grâce à lui le Pic du Midi est devenu un haut lieu touristique où astronomes et visiteurs cohabitent alors qu’il était menacé de disparition ! Ajoutons à cela l’espace free ride du Pic du Midi, classé parmi les 50 plus beaux sites du Monde et les multiples itinéraires de descente qui permettent aux vététistes de découvrir de magnifiques paysages... Ma mission c’est de continuer à le dynamiser. Par exemple, parmi les nouveautés qui s’inscrivent dans la révolution du site, on pourra marcher, dès cet hiver, au dessus du vide sur l’hyper-belvédère. » Avec son hectare de surface au plancher et ses cinq kilomètres de galeries et couloirs souterrains, permettant de relier les bâtiments entre eux par toutes les conditions atmosphériques, l’observatoire du Pic du Midi fait partie de l’une des plus grandes infrastructures mondiales humaines aussi haut perchée.

Dans ce laboratoire cėleste, accessible au public depuis 2000, on n’a cessé d’observer, mesurer, comparer des données sur le climat, la météo ou la botanique.

Ajoutons à cela l’espace free ride du Pic du Midi, classé parmi les 50 plus beaux sites du Monde et les multiples itinéraires de descente qui permettent aux vététistes de découvrir de magnifiques paysages... Ma mission c’est de continuer à le dynamiser. Par exemple, parmi les nouveautés qui s’inscrivent dans la révolution du site, on pourra marcher, dès cet hiver, au dessus du vide sur l’hyper-belvédère. » Avec son hectare de surface au plancher et ses cinq kilomètres de galeries et couloirs souterrains, permettant de relier les bâtiments entre eux par toutes les conditions atmosphériques, l’observatoire du Pic du Midi fait partie de l’une des plus grandes infrastructures mondiales humaines aussi haut perchée.

Audessus des nuages

pour commencer, à admirer le coucher du soleil. « Entre deux pics, au-dessus d’une mer de nuages, l’étoile du système solaire va disparaître et vous aurez peut-être la chance de voir le rayon vert... » Un phénomène optique rare et bref qui ne se produit que lorsque l’atmosphère est extrêmement pure. C’est tout simplement magique. 

Retour aux chambres. Petites et minimalistes mais signées Starck. Un lit, un lavabo, une chaise et une vue évidemment exceptionnelle sur les Pyrénées. Puis rendez-vous au restaurant. Le chef Marc Berger, qui a fait ses classes auprès d’Émile Rouzaud, maître cuisinier de France, Yves Thuriès, Meilleur Ouvrier de France pâtissier-glacier, est passé par des hôtels 4 étoiles. Parti aux États-Unis en 2001, il a participé à de nombreuses réceptions privées pour la famille Clinton, le sénateur Bush ou encore Julio Iglesias. « Ici, il faut tout anticiper. On vit comme sur un bateau. La cuisine est réalisée à la Mongie et la livraison est faite par le téléphérique ! »

Cuisiner en altitude présente un certain nombre de difficultés mais tout est fait maison, de l’entrée au dessert et on privilégie les produits locaux – foie gras, truite fumée de Lau- Balagnas, agneau des Pyrénées, porc noir de Bigorre.

Fort de son succès – 200 couverts le midi l’été dernier – , le restaurant va s’agrandir et accueillera d’ici l’hiver une plus grande salle avec vue panoramique.

Après le dîner, retour vers le futur

Collés à deux télescopes, voici le moment d’observer le ciel, avec Pierre, l’animateur. Auparavant, l’image de la pleine lune narguant l’océan de nuages bouillonnants sera gravée à jamais. « Vous reconnaissez La Grande Ourse au Nord- Ouest, Pégase à l’Est, Cassiopée au Nord-Est... Tout un panthéon de constellations auxquelles ont été donnés des noms de héros, d’animaux ou d’objets associés à des mythes et des légendes, dès les premières civilisations, et dont la nomenclature actuelle s’inspire largement de la mythologie grecque ». Saturne et ses anneaux, Jupiter « le point blanc très lumineux », Albiréo, « La double étoile parfois surnommée « la topaze et le saphir » à cause de leurs couleurs respectivement jaune orangé et bleu... ». On se sent si petits. Et puis, en guise de digestif, l’observation de la lune. Sans doute l’un des spectacles les plus fabuleux pour un amateur. Pour finir, Pierre a choisi d’évoquer les possibles mondes habitables pour mieux souligner qu’ils ne constituent en rien un « plan B » pour l’humanité, et qu’il y a surtout urgence à préserver un environnement viable pour l’Homme sur son monde d’origine. Les plus courageux iront voir le lever du soleil, étrangement l’heure la plus froide de la journée. Et l’oeil rincé par tant de beauté, on ira prendre son petit déjeuner avant d’aller découvrir les coupoles scientifiques, et partager quelques instants la vie des chercheurs.

Dans les entrailles du Pic

De longs couloirs étroits et des escaliers plutôt raides mènent au télescope Bernard Lyot. Situé sur l’Ouest du Pic, abrité dans une tour de 26 mètres de haut et 14 mètres de diamètre, il a fallu dix ans pour le construire de 1970 à 1980. Sa coupole tournante possède un trou qui doit se trouver constamment en face du télescope afin que la lumière qui nous vient des astres puisse être analysée. Avec ses deux mètres de diamètre, c’est le plus grand télescope sur le territoire français. Destiné à la haute résolution planétaire des étoiles doubles quand il a été conçu, il sert aujourd’hui à observer les galaxies à formation stellaire. « Avec ce bijou de 10 millions d’euros, on peut viser n’importe quelle étoile », souligne Pierre. On reprend les couloirs pour partir à l’Est, dans la coupole du coronographe. Là, deux passionnés bénévoles, amateurs d’astronomie, et faisant partie de l’association « Les Observateurs associés » se chargent 24 heures sur 24 d’observer notre couronne solaire et d’expliquer aux néophytes à quoi correspondent ces éruptions solaires, très brèves. « Ces jets de radiation peuvent perturber le fonctionnement des satellites de communication et le GPS ainsi que les réseaux de distribution électrique en atteignant la haute atmosphère terrestre », explique Jean.

Comme ce fameux 13 mars 1989, où quelques jours après une éruption solaire, les réseaux électriques d’Amérique du Nord ont été impactés : le Québec a même connu un black-out mémorable après que les variations de tension ont fait disjoncter les lignes de transport d’électricité. à l’époque de la guerre froide, on avait tout de suite pensé à un acte terroriste ! Voilà pourquoi il est si important de mener des observations tous les jours car on sait aujourd’hui que l’on dispose d’un délai pour agir : le temps de propagation après une éruption solaire est de quelques jours. « Cela laisse la possibilité de mettre les satellites de télécommunications en veille ou, du moins, d’éviter qu’ils ne fassent des choses complexes au moment où un plantage peut avoir lieu. » Ce véritable travail de fourmi, toutes ces données et clichés recueillis par informatique et imagerie numérique sont envoyés aux scientifiques de l’unité de formation de recherche de l’université Paul-Sabatier à Toulouse.

Ainsi s’achėve le voyage

Le vaisseau laisse à ses visiteurs des images sublimes et une histoire humaine remarquable. Et on espère que le rêve de Daniel Soucaze des Soucaze verra bientôt le jour : celui que le Pic du Midi soit classé au patrimoine mondial de l’Unesco, « histoire d’assurer la pérennité du site pour des siècles », conclut-il, le regard tourné vers les étoiles.

Visite en journée 39 € adulte - 23 € enfants de 5 à 12 ans

Visite + repas 73 € adulte - 34 € enfants de 5 à 12 ans

Soirée étoilée : visite + repas + animation astronomie 99 € adulte - 47 € enfants de 5 à 12 ans

Nuit au sommet  339 € chambre indivuduelle - 399 € chambre double

 

 

PIC DU MIDI DE BIGORRE
Rue Pierre Lamy de la Chapelle

65200 La Mongie
05 62 56 70 00

Rédaction : Catherine NERSON
Photos : Jean-Michel DUCASSE


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