Écurie Rouget

La « patte Rouget » : un mélange d'intuition, d'observation aiguë, de connaissance et de respect, associé à l'amour du cheval. Le Domaine de Sers à Pau accueille une pépite. L'une des principales écuries françaises de plat y entraîne plus de 200 pur-sang anglais destinés aux courses hippiques. À la tête de cette fabrique de champions, Jean-Claude Rouget est un entraîneur passionné et exigeant qui veille au grain. Visite exclusive dans les coulisses d'une écurie prestigieuse.

Dans les coulisses de l’écurie Rouget

Il est cinq heures au Domaine de Sers. La journée débute pour les écuries Rouget. Julie Haurine, cavalière d’entraînement et « premier garçon », c’est-à-dire responsable de l’écurie des pouliches, s’affaire déjà auprès des soixante-quatre chevaux dont elle s’occupe. Vérification de chaque box, de chaque animal – les tendons et les articulations seront contrôlés trois fois par jour – elle observe, scrute, valide tout avant le premier lot, c’est-à-dire le début des entraînements, à 6h30. Chaque animal possède son licol et ses affaires de pansage regroupées dans un petit sac bleu. Tout est parfaitement ordonné, les gestes sont précis et le planning rigoureux. Cela fait quatorze ans que Julie travaille ici.

« Je suis arrivée ici après des études de beaucoup. agricoles. Je pratiquais l’équitation et j’aimais les chevaux mais ici c’est différent : on désapprend tout et on réapprend tout avec les pur-sang dont on s’occupe. J’ai la chance de pouvoir aussi les monter, ce qui permet de voir le comportement du cheval. »

Bienvenue au coeur de l’écurie Rouget, centre d’entraînement privilégié pour futurs as des courses. Ici des pur-sang anglais sont entraînés dès leur plus jeune âge pour briller dans des courses nationales et internationales dont les plus fameuses sont connues de tous – Prix de Diane, Prix de l’Arc de triomphe, Prix du Jockey Club en France, Meeting de Deauville, Royal Ascot en Grande-Bretagne… Il est 8h à peine, le deuxième lot s’apprête à sortir pour l’entraînement. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, les pensionnaires de Jean-Claude Rouget partent chaque jour pour un temps de travail intense qui est aussi le seul moment de la journée où ils sortent des boxes. Pas pour se dégourdir les pattes mais pour s’entraîner… à gagner. La cour des pouliches ressemble presque à un cloître. Même silence étonnant, même ferveur de tous ceux qui s’affairent auprès des animaux dans une discipline évidente. La feuille de route et la distribution des montes de chaque cheval – les cavaliers qui leur ont été attribués – ont été épinglées dans la sellerie. Une page manuscrite de la main même de Jean-Claude Rouget, deus ex machina des lieux qui veille à tout et décide de beaucoup.

Il est 8h à peine, le deuxième lot s’apprête à sortir pour l’entraînement. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, les pensionnaires de Jean-Claude Rouget partent chaque jour pour un temps de travail intense qui est aussi le seul moment de la journée où ils sortent des boxes. Pas pour se dégourdir les pattes mais pour s’entraîner… à gagner. La cour des pouliches ressemble presque à un cloître. Même silence étonnant, même ferveur de tous ceux qui s’affairent auprès des animaux dans une discipline évidente. La feuille de route et la distribution des montes de chaque cheval – les cavaliers qui leur ont été attribués – ont été épinglées dans la sellerie. Une page manuscrite de la main même de Jean-Claude Rouget, deus ex machina des lieux qui veille à tout et décide de beaucoup.

« Quand je vois deux fois un cheval, je sais qui il est »

8h10. Le long ruban de cinquante chevaux se déploie vers les pistes d’entraînement du Domaine dans la brume vaporeuse du matin. Chaque pas sera scruté et interprété. Ce matinlà, Jean-Claude Rouget a invité l’un de ses collègues landais du trot. Quant il est présent à Pau, c’est le moment qu’il ne rate pour rien au monde, le temps où l’entraîneur qu’il est juge et jauge ses protégés. Le temps où il va affiner ses choix d'engagements sur les courses. Naïvement, on lui demande comment il identifie plus de deux cents chevaux. On imagine une réponse en forme de boutade, mais il n’en est rien. Il prend notre question très au sérieux. affirme-t-il très solennellement, juste au moment où la cinquantaine de pur-sang déboule sur la piste, sous l'oeil avisé de Jean- Bernard Roth. Il est l’un des deux « assistants » de Jean-Claude Rouget – un terme un peu frêle mais néanmoins officiel dans le milieu équin qui désigne le bras droit de l’entraîneur. Jean- Bernard rentre à peine de vacances. « Je n’ai pas vu mes chevaux depuis huit jours... » confie-t-il poliment, pour nous enjoindre d’attendre un peu avec nos questions. Le manager donne ses instructions de travail à chaque cavalier, observe avec une attention soutenue les galops des chevaux qui s'élancent à tour de rôle, note les progressions, s'époumone parce que la herse a trop creusé la piste. Aucun détail n'est négligé. Si les chevaux doivent soutenir un effort maîtrisé durant l'entraînement, ce dernier doit aussi être sans risque pour eux. « On vérifie le galop propre à chaque cheval et la respiration » explique encore Jean-Bernard, « elle doit être souple, pas désordonnée, pas contractée ». « On doit savoir identifier les chevaux puis les observer, ce qui requiert de la concentration. En fait, les chevaux se comparent à des athlètes de haut niveau : ce temps d’entraînement poussé permet d’évaluer leur progression et leurs aptitudes » conclut le manager. Il partira bientôt s’occuper du futur et second site des écuries Rouget en Normandie. Un lieu qui devrait accueillir quatre-vingts chevaux en plus de ceux de Pau. Un doublé inédit dans le milieu et un nouveau challenge que Jean-Claude Rouget résume d'un trait d’humour : « Tant que la santé suit, je poursuis ! Le site normand, c’est la continuité logique pour optimiser les résultats et éviter certains déplacements fatigants pour les chevaux ». Fin du lot de 8h10, retour aux écuries.

Un ballet parfaitement orchestré

Dans chacune des trois unités de l’écurie – la cour des pouliches, la cour des mâles, la cour de Sers – chacun a sa tâche et sa dénomination. Chaque geste est millimétré, dans un silence quasi religieux, à peine distrait par la respiration des chevaux. L’écurie Rouget s’est construite sur la durée, avec des équipes solides et solidaires, fidèles et ultra pro. Les assistants – Jean Bernard Roth et Jean-René Dubosc, arrivés à 17 ans managent les lots. Les « premiers garçons » (les trois responsables d’écurie, dont une fille) gèrent une équipe de quinze personnes et soixante chevaux chacun, surveillent l’atelier, effectuent les soins et les bandages, s’assurent que les chevaux sont bien nourris trois fois par jour. Ils sont épaulés par les assistants premiers garçons et les garçons. Le rôle des garçons de voyage est de veiller au déplacement des chevaux tandis que les cavaliers d’entraînement assurent les lots du matin.

« Une écurie, c'est une discipline d'enfer, raconte Jean-Claude Rouget. Pas de portable ou de cigarette à cheval. J'ai construit mon staff avec autorité mais beaucoup de gens ont plus de 20 ans d'ancienneté, à l'image de Rose, essentielle sur le travail administratif inhérent aux engagements des chevaux. Dans une entreprise, cela signifie quelque chose... »

Le ton est donné. Sérieux, rigueur, fidélité sont de mise aux écuries Rouget. Le site de Pau offre le luxe d'une moyenne d’une personne pour trois chevaux entraînés. La pension ici coûte environ 2300 euros par mois et par cheval aux propriétaires. Le prix du haut niveau. 

Un peu plus loin, Julie discute avec Vincent Ammann, vétérinaire équin sur le Domaine de Sers, en charge des écuries Rouget depuis vingt ans. Elle s’inquiète pour les tendons d’une pouliche. Le vétérinaire veille quotidiennement à la bonne santé des animaux et ne tarit pas d’éloges sur les compétences techniques des équipes. « Les premiers garçons, dont Julie, sont hyper compétents et méticuleux pour déceler les petits bobos, donner les premiers soins, assurer les soins d’entretien. Ce sont des relais indispensables » confirme-t-il. Là encore, c’est l’observation fine qui fait loi.

« La méthode Rouget, c'est de ne pas être trop interventionniste et j'adhère à ce projet » poursuit Vincent.

« On opère un suivi très précis et à la moindre anomalie, on prescrit l’arrêt. Il ne faut pas oublier que ce sont de très jeunes animaux qui sont entraînés ici. On assure un suivi sportif, musculaire, on supplémente en calcium, en vitamines et en ions, on veille à la nutrition. Les principaux soucis concernent des problèmes locomoteurs et de boiterie. Mais certaines fractures sont traitées sans chirurgie, pour intervenir le moins possible. Un cheval, c’est une mécanique de feu, une Ferrari à côté c’est une guimbarde ! » conclut malicieusement le vétérinaire équin. « Bien sûr, il y a parfois des désaccords entre le vétérinaire et l’entraîneur. Un vétérinaire serait un mauvais entraîneur ! Il faut discuter, trouver le compromis entre pousser l’animal et le protéger. Forcément le vétérinaire est plus protectionniste. Mais certaines situations exigent de passer outre et le dialogue ici est toujours constructif » assuret- il. Évidemment, travailler sur le vivant réserve parfois de mauvaises surprises. Le mois d’avril 2017 a mis toute l’écurie Rouget à très rude épreuve avec un virus nerveux qui s’est abattu en trois jours sur les cinquante-sept chevaux du barn des mâles. « On a isolé les humains comme les chevaux, raconte Vincent. Un régime drastique de confinement a été imposé pendant deux mois. » Cinquante-cinq chevaux ont été sauvés, deux n’ont pas pu l’être. En quarante ans d’existence, cet épisode reste l’une des plus éprouvantes épreuves de la team Rouget.

Autre figure-clé de l’écurie, Brice Charrier, ex-jockey de trot aujourd’hui maréchal-ferrant, vient tous les matins avec ses équipes vérifier les ongles et les fers des chevaux. « On fait une pédicure en quelque sorte : on pare, c’est-à-dire qu’on coupe la corne, puis on réajuste le fer avec des clous ; à la différence des chevaux de sport, ici on ferre à froid » raconte ce passionné. Un travail d’orfèvre car un millimètre de trop sur un clou planté et c’est la blessure qui menace. La pression est donc immense. La technique éprouvée est transmise par Brice aux jeunes qui l’accompagnent. Il est l’un des trois maréchauxferrants du Domaine. Il s’occupe de 350 chevaux dont tous ceux des écuries Rouget. Pour Almanzor, le crack qui a gagné le Prix du Jockey Club en 2016 et remporté le titre de cheval européen de l’année, il n’hésite pas à se rendre une fois par mois à Deauville où séjourne le cheval pour une ferrure bien spécifique. « Chaque ferrure est adaptée à la tournure du pied ; on adapte le fer au pied et pas l’inverse. » Ferrer un mâle ou une femelle, quelle différence ? « Les pouliches sont plus électriques, les mâles plus agressifs et culottés, mais n’en tirez aucune conclusion ! » ironise-t-il.

Des équipes soudées et solidaires

Derrière cette équipe et ses compétences se dresse la figure tutélaire et paternaliste d’un homme, Jean- Claude Rouget. Éclectique, un brin secret, passionné de musique pop-rock des années 70 tout autant que de cuisine et de… chevaux, il est immergé dès l’enfance dans le monde équin. Son père dirige un haras en Normandie pour le compte des époux Stern, avant de poursuivre une carrière d’entraîneur. Jean-Claude réalise ses premiers canters, puis se familiarise avec l’entraînement et décide finalement de se lancer en solo à Pau, une ville qu’il a découverte avec son père lors des meetings d’hiver. On est en 1978. Il a 25 ans.

« La monte ne me disait rien, j’ai senti que c’était sur l’entraînement que je pourrai réussir. Entre 15 et 20 ans, j’ai fait beaucoup de course à pied en compétition et j’en ai conservé le sens du challenge. Je suis un compétiteur-né et j’ai décidé de retransposer au cheval ce que j’avais vécu athlète, dont une certaine routine de travail nécessaire. »

Il se lance avec 20 000 francs en poche, l’amour des chevaux et l’envie d’imposer sa patte. Un mélange d’intuition, d’observation aiguë, de connaissance et de respect fera le reste. Mais le cheval est une école de patience. « Mes débuts ont été difficiles, car lorsqu’on commence dans ce milieu, on ne vous confie que des chevaux modestes. » Dès 1978, l’écurie prépare des chevaux pour le plat et pour l’obstacle, enregistre une première victoire marquante de Listed – les courses principales, qualificatives pour les courses de groupe, les plus élitistes – avec Lucky Ship en 1988, puis se consacre exclusivement au plat après 1994, l’année des dix victoires de Millkom. Jean-Claude Rouget impose peu à peu sa domination dans tout le Sud-Ouest et ailleurs. Le 6 avril 2016, l’entraîneur décroche sa 6 000e victoire en tant qu’entraîneur. Un chiffre fulgurant, le fruit d’années de travail assidues. Systématiquement présente sur les grandes classiques dites de Groupe 1 – soit les plus prestigieuses et les plus dotées (Arc, Diane, Jockey Club, Poule d’Essai…), l’écurie Rouget incarne aujourd’hui l’excellence du plat français. Une excellence soulignée par la remise du Cheval d’or en 2009 et 2016, la récompense suprême de l’entraîneur. Il faut dire que l’année 2016 s’est avérée particulièrement exceptionnelle pour l’écurie Rouget, en particulier pour les 3 ans, l’âge majeur de l’athlète cheval. « La victoire dans le Jockey Club et surtout les deux victoires aux Coronation Stakes à Ascot en Angleterre et aux Irish Champion Stakes en Irlande ont été fabuleuses » se souvient celui qui a toujours cru dans le Sud-Ouest pour imposer sa méthode face à la toute-puissante Chantilly, terre promise du sport hippique.

Une méthode inédite, entre statistiques et intuition

Les chiffres et les tableaux comparatifs, Jean-Claude Rouget les affectionne tout particulièrement. Sa méthode s’appuie sur un savant mélange de statistiques et de french flair diraient les rugbymen du cru. Une méthode dont il est difficile d’extraire les secrets de fabrication. Sauf si l’on plonge, peut-être, dans ses multiples carnets ou dans les books qu’il confectionne lui-même en collant toutes les coupures de presse relatives à ses chevaux. Des livrets entiers rangés méticuleusement dans son salon et qu’il nous confie comme la prunelle de ses yeux. Un petit côté artisanal colle et ciseaux qui tranche avec le professionnel incontesté et respecté qu’il est. Pas d’ordinateur et de tableaux Excel dans le bureau du patron, tout se fait à la main, d’une écriture régulière et soignée. Pedigree, lignée, parcours du cheval, haras qui l’a élevé, tout est consigné dans ses fameux blocs. Une mine d’informations, la Bible de l’écurie. « Ma méthode consiste aussi à ne pas garder les mauvais chevaux ; si trois courses ne sont pas bonnes, on dégage » assène-t-il avec fermeté. Car la gagne demeure la motivation principale d’un entraîneur sexagénaire jamais blasé par les innombrables victoires et récompenses reçues. Son obsession reste que chacun des partants de l’écurie termine dans les cinq premiers, ce qui assure aussi des gains pour l’écurie. Une méthode inédite, entre statistiques et intuition Dans le milieu, Jean-Claude Rouget est connu pour croire aux jeunes chevaux, mesurer parfaitement leurs atouts, oeuvrer à améliorer les animaux moyens, choisir les engagements justes, au risque parfois de ne pas présenter un cheval attendu sur une grande course pour le préserver pour la suivante. Repérer les futurs champions constitue la deuxième facette de son travail. Sa réputation de déceleur de talents fait qu’il conseille et achète aujourd’hui pour les propriétaires qui lui confient ensuite les chevaux à entraîner. La grand-messe des yearlings anglais – les chevaux de un an – se déroule à Deauville en août, l’acmé de l’année hippique et des ventes. Cette partie du métier l’amuse beaucoup. « Un cheval s’achète entre 15 000 euros et un million, explique-til. Moi, j’achète rarement au-dessus de 100 000 euros, mais cela a pu arriver. J’enchéris au feeling et je me trompe encore parfois ! ». L’occasion de rappeler un souvenir mémorable de ses débuts. « J’ai acheté mon premier cheval alors que j’étais à l’armée pour 10 000 francs. C’est mon père qui l’a payé et le cheval n’était pas bon ! »

 Aujourd’hui, Jean-Claude Rouget est un acteur majeur de ces ventes prestigieuses, là où il faut savoir déceler la graine de champion. « Un pedigree prestigieux ne suffit pas. Un jeune cheval qui a une mère et un père qui ont gagné des courses ne donne pas forcément un as ; le métabolisme et la volonté du cheval sont deux valeurs qui ne se modélisent pas » préciset- il. Alors on dira que son choix est guidé par l’expérience et une intuition qu’il revendique. Achetés yearlings, les pouliches et les poulains entraînés pourront concourir dès l’âge de deux ans, puis en catégorie 3, 4 ou 5 ans. Une vie de course extrêmement brève si l’on considère qu’un cheval peut vivre 25 ans. Une fois sa vie de course terminée, le cheval sera dit « réformé ». Il partira ensuite pour une nouvelle vie dans le sport équestre, le loisir, la reproduction. Tous les ans, l’écurie Rouget est ainsi renouvelée à 50 %. « Aujourd’hui, je m’interdis de m’attacher à un cheval. On vit avec ceux qu’on entraîne, point barre » ajoute Jean-Claude Rouget. Ce qui ne l’empêche pas parfois d’acheter des chevaux pour son propre compte et de les faire entraîner par ses collègues. Et l’affectif n’est pas si loin quand il nous montre ses couleurs – casaque blanche avec étoiles bleu ciel, toques noires héritées des époux Stern et qu’il a pu récupérer. Hommage au père, hommage aux pairs...

Jean-Bernard Eyquem : profession Jockey

On ne comprend pas tout de suite pourquoi le jockey nous raconte qu’il sort à peine du sauna, alors qu’il fait déjà 26 degrés dehors à 9h du matin… Rendez-vous avec Jean-Bernard Eyquem, l’un des quatre jockeys maison de l’écurie Rouget, vainqueur entre autres en 2016 du Prix du Jockey Club avec Almanzor, « un cheval que je n’avais jamais travaillé avant cette course » nous racontet- il. « J’ai toujours voulu être jockey depuis l’âge de 8 ans, j’ai fait l’école d’apprentissage à Chantilly, j’ai eu la chance de rencontrer de très bons formateurs. Quitter ma famille à 13 ans, cela a été très dur mais cela m’a endurci. À 16 ans, j’ai fait mes premières courses. Aujourd’hui, après 25 ans de courses, je ne sais que trop combien ce métier requiert sérieux et exigence. La première est de respecter son poids au gramme près, car cela fait partie des conditions d’engagement sur les courses. » Le sauna s’explique donc ainsi en cette chaude matinée. Car ce jour-là, Jean-Bernard concourt en soirée à Mont-de-Marsan. « Le corps d’un jockey est rythmé par le cheval. Sur une course, tout peut se jouer en un quart de seconde. La force d’un jockey est de s’adapter en permanence. Moi j’adore mener le peloton, je suis un offensif. Il y a beaucoup de stratégie dans les courses » explique-t-il. Quant au lien avec les chevaux, il est assez insondable. « Je ne m’attache plus aux chevaux car une des pouliches que j’ai montées pour la Poule d’Essai est morte d’un cancer et cela m’a terrassé. C’est sur l’instant que l’on capte l’affinité avec le cheval, beaucoup de choses se passent dans le ressenti. Ce que je préfère, c’est préparer les deux ans le matin, c’est comme un cadeau, on peut tomber sur des super rencontres. » Jean-Bernard Eyquem a accumulé 6000 montes, c’est-à-dire 6000 courses et quelques dix-huit fractures. Les chutes sont redoutées et redoutables sur les pistes. Revenu aux écuries Rouget depuis 9 ans, il nourrit toujours un rêve à quarante ans et des poussières : gagner le Prix de l’Arc de Triomphe qui se court tous les ans début octobre. « Ce serait l’aboutissement de la ma carrière » annonce-t-il avec un sourire.

Le lien particulier qu’il tisse avec les propriétaires fait aussi partie de la méthode Rouget. « Durant toutes ces années, beaucoup de propriétaires sont devenus des amis. Je ne peux travailler qu’avec des gens que j’estime. » Des plus célèbres – S.A. Aga Khan (dont les chevaux sont montés par le jockey Christophe Soumillon), F. Pinault, M. Sardou, L. Dassault., B. Magrez, H. Morin aux plus discrets et néanmoins ultra respectés Antonio Caro ou Gérard Augustin-Normand qui ont accumulé les victoires avec Almanzor et La Cressonnière tout en ne foulant quasiment jamais les pistes des hippodromes. L’hippodrome, ce lieu magique et codifié que Jean-Claude Rouget aime aussi pour la tradition de convivialité qu’il véhicule. « Si le rapport avec le client, ce n’est que la course, c’est nul ; le déjeuner, le gueuleton font partie de la vie des courses » prend-il soin de rajouter. Cela lui a d’ailleurs valu quelques coups de gueules médiatiques bien sentis pour dénoncer les nouveaux horaires des courses premium qui compromettent cette fameuse tradition des déjeuners. « Car c’est là que se construisent aussi les souvenirs et les émotions », renchérit Jean-Claude Rouget, « du coup, j’aime bien fêter les choses la veille des courses, comme cela je suis aussi moins tendu ! Le champ de course, c’est l’arène, une adrénaline qui vous mobilise tout entier. » Après toutes ces années, aucune lassitude ne semble faire vaciller l’entraîneur palois. Il faut dire que partager, transmettre, donner le coup de pouce de départ à des jeunes comme son ancien assistant l’italien Simone Brogi devenu palois d’adoption, le motivent chaque jour de plus en plus. Une finalité nouvelle pour partager savoirfaire et compétence. Et cavaler encore un peu plus vers les succès.

L’écurie Rouget en quelques dates-clés

Février 1978 : installation à Pau

1980, 1982 et 1987 : vainqueur du Grand Prix de Pau en obstacles

Mai 1988 : première victoire de Listed avec Lucky Ship

1994 : première victoire en Groupe 1 avec Millkom

2007 : première victoire Groupe 1 avec Literato, en Angleterre, dans les Champion Stakes

2009 : première classique française avec Elusive Wave dans la Poule d’essai des pouliches, doublé Prix du Jockey Club et Prix de Diane avec Le Havre et Stacélita, attribution du Cheval d’Or (meilleur entraîneur de France par les gains en course)

1er juillet 2012 : 5000e victoire en plat 2015 : première victoire à Royal Ascot avec Ervedya dans les Coronation Stakes

6 avril 2016 : le cap des 6000 victoires est atteint

2016 : victoire en Poule d’essai des Pouliches avec La Cressonnière qui remporte aussi le Prix de Diane, victoire sur le Saint- Alary avec Jemayel, victoire dans le Prix du Jockey Club avec Almanzor, nouvelle victoire dans les Coronation Stakes à Ascot avec Qemah, Prix Rothschild avec Qemah, victoire dans les Irish Champion Stakes avec Almanzor, champion d’Europe des 3 ans en 2016, attribution du Cheval d’Or

ECURIE ROUGET
Chemin de la forêt Bastard
64000 PAU
05 59 33 27 90

Rédaction : Nathalie FAURE
Photos : Jean-Michel DUCASSE


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